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Combien de temps d'écran pour un enfant ? Les repères selon l'âge

Artovia Labs · · 12 min de lecture

Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), un enfant de 2 ans ne devrait pas dépasser 1 heure d'écran par jour [1]. Pour un enfant de 1 an, elle ne recommande aucun temps d'écran. Et pour un enfant de 8 ans, combien d'heures ? Fait surprenant : l'une des plus grandes organisations de santé infantile au monde s'abstient volontairement de donner un chiffre [3].

Dans ce guide, nous verrons le temps d'écran recommandé pour un enfant à chaque âge, le temps réellement passé devant les écrans et pourquoi il n'existe pas de chiffre unique à l'âge scolaire. À la fin, vous trouverez un plan à mettre en place dès ce soir.

Combien de temps les enfants passent-ils vraiment devant les écrans ?

Avant d'en venir aux recommandations, regardons ce qui se passe aujourd'hui, car l'écart est grand.

Une étude canadienne a suivi 2 441 enfants de 2 à 5 ans. À 2 ans, ils passaient en moyenne 17 heures par semaine devant un écran [4]. Cela fait environ 2,4 heures par jour, soit plus du double de la limite recommandée. À 3 ans, la durée montait à 25 heures par semaine, soit environ 3,6 heures par jour.

Les chiffres continuent de grimper avec l'âge. Aux États-Unis, les 8-12 ans passent en moyenne 5 h 33 par jour devant des écrans pour se divertir, et les adolescents 8 h 39 [5]. Ces chiffres ne concernent que les loisirs : les devoirs et les cours en ligne n'y sont pas comptés.

Pour la plupart des familles, la question n'est donc plus « écrans ou pas d'écrans ? », mais « combien, et quand ? ». Les réponses les plus claires concernent les plus jeunes. Pourquoi les règles sont-elles si strictes pour eux ?

Pourquoi déconseille-t-on les écrans avant 2 ans ?

Un enfant de 1 an voit une balle rouge sur un écran. Quand vous lui tendez une vraie balle rouge, il a étonnamment du mal à comprendre que c'est la même chose. Les chercheurs appellent cela le « déficit vidéo » : les jeunes enfants apprennent beaucoup moins d'un écran plat que d'une vraie personne en face d'eux [2].

Selon l'Académie américaine de pédiatrie (AAP), les tout-petits peuvent apprendre de nouveaux mots grâce à des vidéos éducatives. Mais seulement si un parent les regarde avec eux et reprend ces mots ensuite [2]. Le message n'est donc pas « les écrans, c'est mal ». C'est plutôt : « à cet âge, on apprend avec une personne ».

L'étude canadienne va plus loin. Les enfants qui passaient plus de temps devant les écrans à 2 ans obtenaient, à 3 ans, de moins bons résultats à un test de dépistage du développement. Le temps d'écran à 3 ans montrait le même lien avec les résultats à 5 ans [4].

L'inverse n'a pas été observé : les enfants aux résultats plus faibles ne se sont pas mis ensuite à utiliser davantage les écrans. L'effet était faible, et il s'agissait d'une étude d'observation : elle ne prouve pas que les écrans en sont la cause. Mais elle suggère que le lien va du temps d'écran vers le développement.

Et les appels vidéo, ça compte ? Selon l'AAP, non. C'est une exception, même pour les plus petits [2], car il y a une vraie personne de l'autre côté, un grand-parent par exemple, qui répond à l'enfant.

Avec des chiffres aussi nets pour les petits, il est frappant de voir le chiffre disparaître complètement pour les enfants d'âge scolaire. Il y a une bonne raison à cela.

Pourquoi n'y a-t-il pas de chiffre unique pour les enfants d'âge scolaire ?

Pour les enfants de 6 ans et plus, l'AAP ne dit pas « tant d'heures par jour » ; elle demande plutôt trois choses [3]. D'abord, des limites qui restent les mêmes. Ensuite, des écrans qui ne prennent pas la place du sommeil, de l'activité physique et des autres habitudes saines. Enfin, des moments et des lieux sans écran en famille.

Une étude de deux chercheurs d'Oxford montre pourquoi cette approche est sensée. D'après les données de plus de 350 000 adolescents américains et britanniques, l'usage des technologies numériques expliquait au plus 0,4 % des différences de bien-être entre les jeunes [6]. À titre de comparaison, manger régulièrement des pommes de terre montrait une association négative presque identique, et porter des lunettes une association plus forte. Dormir suffisamment et prendre un petit-déjeuner étaient bien plus fortement liés au bien-être.

Cela ne veut pas dire que les écrans n'ont aucun effet. Le lien est faible, mais il n'est pas nul. La vraie leçon, c'est qu'à l'âge scolaire, le problème n'est généralement pas le nombre d'heures en soi, mais ce que ces heures remplacent. Un jeu qui se prolonge après minuit empiète sur le sommeil ; un fil de vidéos qui occupe tout l'après-midi empiète sur le mouvement.

Alors, comment s'y prendre à la maison ? Commencez par ce qui est fixe, et voyez le temps qui reste.

Comment limiter le temps d'écran à la maison : un plan en 5 étapes

  1. Commencez par l'incontournable. Les enfants de 6 à 12 ans ont besoin de 9 à 12 heures de sommeil par nuit [7]. L'OMS recommande en moyenne 60 minutes d'activité physique par jour entre 5 et 17 ans [8]. L'école, les devoirs et les repas font aussi partie de cette liste. Le temps d'écran se prend sur ce qui reste.
  2. Fixez une durée quotidienne à partir du temps restant. Elle peut être différente en semaine et le week-end. L'important, c'est qu'elle ne soit pas renégociée chaque jour et que votre enfant la connaisse à l'avance.
  3. Choisissez des moments et des lieux sans écran. L'AAP en suggère au moins deux : la table des repas et l'heure qui précède le coucher. Les appareils passent la nuit hors de la chambre [2, 3]. Nous expliquons pourquoi c'est si important pour le sommeil dans notre guide sur les écrans et le sommeil.
  4. Écrivez les règles ensemble. L'outil gratuit de l'AAP, le Family Media Plan (un « plan médias » pour la famille), a été conçu exactement pour cela [9]. Une fois les règles écrites, plus besoin de les réexpliquer chaque soir.
  5. Pensez aux contenus, et à votre propre usage. Pour les jeunes enfants, le conseil est de choisir des contenus de qualité et de les regarder ensemble [2]. À tout âge, l'AAP encourage les parents à montrer eux-mêmes l'exemple d'un usage sain des écrans [3].

L'étape 2 soulève une autre question : le temps d'écran doit-il être donné, ou gagné ?

Le temps d'écran doit-il se gagner avec des tâches ménagères ?

Beaucoup de familles préfèrent que les enfants gagnent leur temps d'écran plutôt que de le recevoir d'office : faire ses devoirs, ranger sa chambre, aider à préparer le dîner. L'idée a deux facettes, et la recherche éclaire les deux.

La première, ce sont les tâches elles-mêmes. Une étude américaine a suivi 9 971 enfants, de la dernière année de maternelle à la troisième année de primaire [10]. Ceux qui faisaient plus souvent des tâches ménagères en maternelle se jugeaient ensuite plus compétents sur le plan social et scolaire, et plus satisfaits de leur vie. Ce lien se vérifiait quels que soient les revenus de la famille ou le niveau d'études des parents, et les enfants qui faisaient des tâches avaient aussi de meilleurs résultats en mathématiques.

Une deuxième étude, menée en Australie, a interrogé les parents de 207 enfants de 5 à 13 ans [11]. Les tâches où l'enfant prend soin de lui-même et celles faites pour toute la famille étaient liées à une meilleure mémoire de travail et à une meilleure inhibition. La mémoire de travail permet de garder une information en tête pour s'en servir ; l'inhibition, de freiner une impulsion. Ce sont deux études d'observation : elles montrent que les tâches et ces capacités vont de pair, pas que les tâches en sont la cause.

La seconde facette, c'est l'écran comme récompense. Dans une petite expérience canadienne, 30 enfants de 8 à 12 ans en surpoids gagnaient du temps de télévision en étant actifs [12]. Une quantité d'activité fixée à l'avance, mesurée par un podomètre, donnait droit à 1 heure de télé.

Au bout de 8 semaines, leur temps de télévision quotidien avait baissé de près de 2 heures et leur activité avait augmenté de 65 % [12]. Dans l'autre groupe, libre de regarder la télé, ce temps n'avait presque pas changé. L'essai était petit, et la tâche était une activité physique, pas une tâche ménagère.

Une autre étude, canadienne elle aussi, invite à la prudence. Elle a porté sur 62 enfants de 18 mois à 5 ans [13]. Les enfants dont la mère utilisait les écrans pour gérer leur comportement passaient plus de temps devant les écrans en semaine. Chez les pères, le même lien apparaissait le week-end.

Se servir des écrans de cette façon, c'est par exemple donner du temps d'écran en récompense ou le retirer en guise de punition. C'est là aussi une petite étude d'observation : elle ne permet pas d'établir un lien de cause à effet.

Alors, comment concilier les deux ? Aucune étude ne l'a encore testé directement, mais une différence saute aux yeux. Dans l'expérience, la règle était fixée à l'avance et fonctionnait de la même façon chaque jour ; l'autre étude mesurait l'usage des écrans pour gérer le comportement. Ensemble, ces résultats suggèrent une organisation de ce type :

  1. Gardez un temps de base quotidien fixe. Ne le retirez pas en guise de punition, et ne le changez pas un jour où tout va de travers.
  2. Écrivez à l'avance les tâches et ce qu'elles rapportent. Quelle tâche rapporte combien de minutes : c'est inscrit sur la liste, sans marchandage sur le moment.
  3. Plafonnez le temps qu'il est possible de gagner. Ainsi, les tâches ne deviennent pas un moyen d'allonger le temps d'écran sans limite.
  4. N'associez pas de récompense à ce que votre enfant adore déjà faire. Une analyse de 128 expériences a montré que les récompenses matérielles annoncées à l'avance peuvent diminuer l'envie de faire une activité pour elle-même [14]. Cet effet avait tendance à être plus marqué chez les enfants que chez les étudiants. Dans la même analyse, les félicitations et les retours positifs augmentaient cette envie. Remarquer l'effort et le dire compte autant que les minutes gagnées.

Les questions fréquentes des parents

Le temps d'écran pour les devoirs compte-t-il ?

Dans la recherche, les chiffres ne mesurent généralement que les loisirs et laissent de côté le travail scolaire [5]. À la maison aussi, il est plus simple de compter à part le temps des devoirs. Mais l'heure sans écran avant le coucher vaut aussi pour les devoirs : la lumière d'un écran ne fait pas la différence entre un exercice et un dessin animé.

Dépasser la limite, est-ce nocif ?

Personne ne connaît de seuil précis. L'étude canadienne n'a pas pu identifier un nombre d'heures à partir duquel les effets néfastes commencent [4]. Pour les jeunes enfants, les recommandations sont des limites prudentes, fondées sur le principe « moins, c'est mieux » [1]. Ce qui compte, ce n'est donc pas une journée isolée mais l'habitude au quotidien : les écrans prennent-ils la place du sommeil, du mouvement et du jeu [3] ?

Le week-end, peut-on accorder plus de temps ?

Les recommandations ne donnent pas de chiffre propre au week-end. Pour les enfants d'âge scolaire, le critère reste le même : le sommeil, l'activité physique et le temps en famille sont-ils toujours préservés [3] ? Vous pouvez fixer des limites différentes en semaine et le week-end, du moment que tout le monde les connaît à l'avance.

Ce qu'il faut retenir

Pour les jeunes enfants, les repères sont clairs : presque pas d'écran avant 2 ans, et 1 heure par jour au maximum entre 2 et 5 ans. À l'âge scolaire, la vraie question n'est pas le nombre d'heures, mais ce que les écrans remplacent. Quand le sommeil, l'activité physique et le temps en famille sont protégés, garder la même limite chaque jour facilite tout le reste. Si vous voulez que vos enfants gagnent du temps avec des tâches, gardez un temps de base fixe et des récompenses fixées à l'avance.

La question suivante est souvent celle qui inquiète le plus les parents : si mon enfant n'arrive pas à lâcher l'écran, est-ce de l'addiction ? La réponse pourrait vous surprendre. Nous faisons le point sur ce qu'en dit la science dans notre guide sur l'addiction aux écrans.

Sources

  1. World Health Organization (2019). Guidelines on physical activity, sedentary behaviour and sleep for children under 5 years of age. who.int
  2. AAP Council on Communications and Media (2016). Media and Young Minds. Pediatrics, 138(5), e20162591. doi:10.1542/peds.2016-2591
  3. AAP Council on Communications and Media (2016). Media Use in School-Aged Children and Adolescents. Pediatrics, 138(5), e20162592. doi:10.1542/peds.2016-2592
  4. Madigan S. et al. (2019). Association Between Screen Time and Children's Performance on a Developmental Screening Test. JAMA Pediatrics, 173(3), 244–250. doi:10.1001/jamapediatrics.2018.5056
  5. Common Sense Media (2022). The Common Sense Census: Media Use by Tweens and Teens, 2021. commonsensemedia.org
  6. Orben A., Przybylski A. K. (2019). The association between adolescent well-being and digital technology use. Nature Human Behaviour, 3, 173–182. doi:10.1038/s41562-018-0506-1
  7. Paruthi S. et al. (2016). Recommended Amount of Sleep for Pediatric Populations. Journal of Clinical Sleep Medicine, 12(6), 785–786. PMC4877308
  8. World Health Organization (2020). WHO guidelines on physical activity and sedentary behaviour. who.int
  9. AAP. Family Media Plan. healthychildren.org
  10. White E. M., DeBoer M. D., Scharf R. J. (2019). Associations Between Household Chores and Childhood Self-Competency. Journal of Developmental & Behavioral Pediatrics, 40(3), 176–182. PubMed
  11. Tepper D. L., Howell T. J., Bennett P. C. (2022). Executive functions and household chores: Does engagement in chores predict children's cognition? Australian Occupational Therapy Journal, 69(5), 585–598. PMC9796572
  12. Goldfield G. S. et al. (2006). Effects of open-loop feedback on physical activity and television viewing in overweight and obese children: a randomized, controlled trial. Pediatrics, 118(1), e157–e166. PubMed
  13. Tang L., Darlington G., Ma D. W. L., Haines J. (2018). Mothers' and fathers' media parenting practices associated with young children's screen-time: a cross-sectional study. BMC Obesity, 5, 37. PMC6276169
  14. Deci E. L., Koestner R., Ryan R. M. (1999). A meta-analytic review of experiments examining the effects of extrinsic rewards on intrinsic motivation. Psychological Bulletin, 125(6), 627–668. PubMed

Cet article est fourni à titre d'information générale et ne remplace pas un avis médical. Si la santé de votre enfant vous inquiète, parlez-en à son pédiatre ou à votre médecin. Rédigé par Artovia Labs, l'éditeur de Minu, à partir des sources publiées citées ci-dessus.